Pour Hugues R. Gall, Directeur de la Fondation Claude Monet depuis 10 ans, l’entretien des espaces verts relève d’une véritable mission, qu’il est du devoir des dirigeants d’institutions culturelles d’honorer.

Veiller sur l’héritage d’un grand Maître, un devoir et une mission de service public

« Les jardins de Giverny sont en quelques sorte ma ‘Joconde’ », commence Hugues R. Gall. Mais à la différence de l’œuvre de Léonard de Vinci, les jardins de Claude Monet « ne se vernissent pas tous les 50 ans » pour continuer à rayonner auprès du public. Cet entretien quotidien représente aux yeux du Directeur une problématique commune à tous les jardins culturels, et une mission de service public, qu’il est du « devoir » des dirigeants d’honorer. « Il ne faut jamais considérer les jardins comme acquis car ils se détériorent très vite. »

Le conseil d’Hugues R. Gall ? Donner aux jardiniers suffisamment de moyens financiers pour leur permettre de continuer leur tâche, sous peine de tout perdre. Le Directeur parle en connaissance de cause et rappelle l’état des jardins de Giverny en 1966, légués à l’époque par Michel Monet. « Les jardins, qui étaient l’œuvre même de Claude Monet, n’existaient pratiquement plus. Tout était à refaire ! » Pour redonner au tableau vivant du célèbre peintre toute sa splendeur, la Fondation a pu compter en 1977 sur le mécénat, principalement américain, notamment grâce à The Versailles Fundation & Giverny. « Trois ans et des millions de dollars ont été nécessaires », précise Hugues R. Gall.Giverny Fondation Claude Monet

Cet investissement n’aura pas été vain : sur les 7 000 visiteurs attendus en 1980, date de réouverture, ce sont finalement 70 000 visiteurs qui se sont pressés pour venir découvrir la muse naturelle de Monet. « L’intérêt du public pour les jardins culturels est croissant », note le Directeur. La Fondation Giverny enregistre 500 000 visiteurs au début des années 2 000, et plus récemment 630 000 visiteurs en 2017.

Maintenir des conditions économiques saines et soigner l’accueil des visiteurs

Depuis sa prise de fonction, en 2008, Hugues R. Gall confie avoir toujours en tête sa mission de service public, et veille à « maintenir des conditions économiques saines et soigner l’accueil des visiteurs. » Comme beaucoup d’institutions autofinancées, la Fondation Claude Monet dépend en grande partie de sa billetterie – et du mécénat – pour assurer sa survie.

Face au flux irrégulier de visiteurs, le Directeur opte pour trois solutions : premièrement, une organisation adaptée, avec l’ouverture 7 jours/7 des jardins durant la saison de floraison. Deuxièmement, pour éviter au public d’attendre, miser sur Internet pour permettre aux visiteurs d’acheter directement leur billet, et ainsi éviter « un étranglement » au niveau de l’entrée. Enfin troisièmement, trouver sa place dans l’itinéraire de visite des tours opérateurs. « Nous avons la chance d’être à 50 kilomètres de Versailles, et les tours opérateurs, qui représentent 35% à 40% de notre nombre de visiteurs nous ont inscrits dans leur circuit. » La proximité avec la Seine, sur laquelle se sont développées les croisières, est également un atout sur lequel capitaliser.

Des jardiniers maîtres des plantes et « experts » de l’art

Pour émerveiller les centaines de milliers de visiteurs et répondre à leur attente d’évasion, s’entourer d’une équipe de jardiniers est indispensable. Depuis 1980, une dizaine de jardiniers est en charge d’entretenir le clos normand et le jardin d’eau, célèbre pour ses nymphéas, « véritable obsession de Claude Monet durant les dernières années de sa vie, et à l’origine de ses plus grandes œuvres. »

Jardin d'eau Giverny Fondation Claude Monet

Le secret pour faire perdurer de tels jardins ? D’une part, s’appuyer sur les documents d’époque, pour « rester fidèles » aux créations d’origine. D’autre part, former de véritables experts jardiniers en charge de transmettre aux nouvelles mains vertes leur savoir. « Lorsque j’étais Directeur de l’Opéra national de Paris, nous comptions au sein de notre troupe sur des maîtres de ballets et des régisseurs pour nous aider à faire vivre la pensée des créateurs d’œuvres. Les documents seuls ne suffisent pas. » Pour insuffler à ses jardiniers « l’esprit impressionniste », Hugues R. Gall veille à leur faire visiter toutes les expositions présentant des tableaux de Claude Monet, ou de grandes œuvres impressionnistes. « L’idée est qu’ils s’imprègnent des couleurs retranscrites et qu’ils comprennent le travail de Claude Monet pour ensuite recréer, grâce à ce lien puissant, l’Eden tel qu’il était vu par le peintre. »

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