Les attentats du 13 novembre ont prouvé qu’aucun lieu public ou privé n’était épargné par le terrorisme. Symboles de la culture et hauts lieux de fréquentation, les musées sont de potentielles cibles. Le facteur d’exposition au risque est-il si important ? Quelles solutions déployer pour prévenir d’éventuelles attaques ? Réponse d’Alain Flandrois, président de la commission Sûreté du CIAN et  Directeur des Etudes de DI2S Group.

Culturel, économique et symbolique : le musée dans le viseur des terroristes

Pour Alain Flandrois, les musées représentent une cible de choix pour les terroristes. D’abord, parce qu’ils incarnent la culture. « Les plus grandes barbaries de l’histoire ont été commises par des individus qui se sont appliqués à nier systématiquement l’histoire de l’homme et sa culture ». Il cite le récent saccage du temple de Baalshamin à Palmyre par le groupe Etat Islamique, ou l’attentat contre la Grande Mosquée de Tombouctou.  Deuxième caractéristique des musées : leur dimension économique. « L’attentat contre le musée du Bardo en Tunisie en 2015 illustre bien la volonté des terroristes d’attaquer le poumon économique de la Tunisie qu’est le tourisme ». Enfin, les musées ont un caractère éminemment symbolique. « L’attentat contre le musée juif de Bruxelles en 2014 est un exemple criant ». Ces musées sont d’autant plus visés aujourd’hui qu’avec Daesh, on entre dans une guerre où les images diffusées mondialement sur internet servent de propagande à l’organisation. « Avec Daesh, on observe un retour à un Islam rigoriste qui met à bas les idoles dans une surenchère de violence, le tout au service d’une communication bien huilée ». Cela est accentué par un contexte international où le mouvement souhaite s’affirmer contre Al-Qaïda. « Nous sommes actuellement dans une course à la barbarie : c’est le plus violent et les plus impactant qui attirera le plus de nouvelles recrues. Les musées, par leur incarnation symbolique, sont une cible ».

Musées français : un facteur d’exposition au risque important

Les musées français dans le viseur des terroristes ? La réponse est malheureusement oui. « En 2013, un attentat organisé par l’AQMI (AlQaïda au Maghreb Islamique) a été déjoué par les forces de l’ordre. Il visait le Louvre ». Comment évaluer le facteur d’exposition au risque des musées français ? « Je définirais trois critères retenus par les terroristes : le niveau de fréquentation du musée, sa renommée internationale, et les thématiques qu’il propose ». Pour les deux premiers critères, on comprend aisément pourquoi un musée comme le Louvre figurait en tête de liste d’Al-Qaida. Concernant le troisième critère, plus symbolique, des musées comme le Centre Pompidou ou le Palais de Tokyo pourraient être la cible des intégristes, au prétexte qu’ils mettent en avant un « art contemporain dégénéré ».

« Ce facteur d’exposition est à nuancer en fonction de l’état de protection du musée » continue Alain Flandrois. En effet, des musées comme Le Louvre sont plus exposés mais aujourd’hui très bien protégés par les forces de l’ordre. En revanche, des musées de province ou des musées moins symboliques, s’ils sont moins exposés sont aussi moins bien protégés, et donc leur facteur de risque est plus important. « Les terroristes réfléchissent de façon bête et méchante : ils font le ratio symbole/mesures de protection et choisissent le plus élevé ».

 

Qu’est-ce qu’on fait ?

Le constat fait, reste à savoir quelles mesures adopter. « D’abord, il faut se coordonner avec les forces de l’ordre. Un musée n’est heureusement pas seul pour affronter ce problème ». Une mise en relation en amont avec les autorités permet de se préparer à tout risque éventuel. Alain Flandrois insiste : « les échanges de renseignements doivent maintenant se faire au niveau européen ». Deuxième point, les mesures de prévention. « Il va sans dire que des formations complémentaires des agents de sécurité doivent être menées : fouilles, procédures élémentaires de réaction en cas d’attaques etc. ». Mais le plus important est la remontée d’informations utiles aux forces de l’ordre. « Les agents de sécurité doivent pouvoir détecter les comportements suspects et transmettre immédiatement tout constat d’anomalie aux autorités. Un terroriste vient toujours faire des repérages en amont sur sa cible. » Enfin, la réactivité. « Quand on voit la panique générée par l’attaque au Musée du Bardo, on comprend aisément pourquoi la mise en place de procédure d’urgence est indispensable ». Pour cela, des audits sur les réactions appropriées en cas d’attaques doivent être réalisés. « Les musées français sont très bien audités concernant les problématiques de vol, mais à ce jour bien moins nombreux à avoir réfléchi à leur procédure anti-terroriste. Des simulations doivent être menées, pour chaque salle ».

Qu’en est-il des initiatives à l’étranger ? De l’autre côté de l’Atlantique, le port d’armes aux Etats-Unis étant légal, les agents des musées sont armés. Dans  des pays particulièrement sensibles, comme la Tunisie, c’est carrément l’armée qui se poste devant les portes d’entrée des musées. En France, face à la menace terroriste, une réflexion est en cours pour déléguer des prérogatives régaliennes à certains points sensibles, comme c’est le cas par exemple pour les OIV (Opérateurs d’Importance Vitaux). « L’idée est de pouvoir donner plus de moyen aux sociétés de gardiennage ».

Le mot de la fin ?

« Ni angélisme, ni candeur. Mon propos n’est pas de semer la panique mais de pointer du doigt un fait qui va devenir leur quotidien. Dans un contexte de baisse de fréquentation et de restriction budgétaire, j’ai conscience qu’il est difficile à entendre. Mais prendre ne serait-ce que quelques heures avec ses agents de sécurité et des experts externes pour réfléchir à la mise en situation et former son personnel – si incertitudes il y a – ne coûte pas très cher et peut sauver beaucoup de vies ».

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