Françoise Benhamou, Professeur d’Economie à l’Université de Paris 13, spécialiste de l’économie de la culture et Jean-Michel Tobelem, directeur de l’Institut d’étude et de recherche Option Culture, débattent de ce qu’est le Juste Prix d’une exposition.

Favoriser l’accès au musée pour tous

L’économiste Françoise Benhamou est acquise à la cause d’un tarif unique donnant accès à la collection permanente du musée et aux expositions temporaires. Membre du Conseil d’administration du Musée du Louvre, elle défend le nouveau billet à 15 euros qui permet de visiter tout le musée. « Les expositions temporaires du Louvre mettent en lumière la collection permanente du musée. Il ne serait pas judicieux de les disjoindre, c’est pourquoi le musée a choisi le tarif unique ».

Jean-Michel Tobelem craint que ce choix d’un tarif élevé ne « favorise pas l’accès au musée au plus grand nombre de visiteurs ». Aux yeux de ce chercheur, l’objectif d’une institution culturelle devant être « éducatif et non financier », la tarification des musées devrait « tendre – sinon vers la gratuité, du moins vers un prix bas ».

Françoise Benhamou est plus sceptique concernant la gratuité généralisée, qui engendre pour elle des effets d’aubaine. D’abord pour les visiteurs qui seraient prêts à payer plus et ne dépenseront rien, et ensuite pour les touristes. « Généraliser la gratuité, c’est subventionner le public étranger alors qu’il n’a pas contribué par ses impôts au fonctionnement de l’institution. »

« La gratuité diminue les recettes des musées »

Jean-Michel Tobelem

S’appuyant sur une étude publiée en 2014 par l’Association of Art Museum Directors, le directeur de l’institut Option Culture indique que seuls 7% des revenus des musées américains proviennent de la billetterie. L’exemple des musées de la Smithsonian Institution à Washington DC montre selon lui que gratuité et qualité de la visite sont loin d’être incompatibles. Le modèle britannique ne repose pas non plus sur principalement les tickets d’entrée, mais sur d’autres dispositifs commerciaux. « À la National Gallery, au British Museum et à la Tate, le tarif est gratuit pour les collections permanentes. Ces institutions s’appuient sur les dépenses annexes des visiteurs, dans les boutiques ou dans les restaurants des musées par exemple. De plus, un haut niveau de fréquentation rend le musée plus attractif pour les mécènes. »

Pour Françoise Benhamou, la comparaison entre les institutions culturelles françaises, américaines et britanniques est délicate car dans les deux derniers cas, la gratuité est compensée par un niveau de mécénat et de bénévolat très élevé. « En France, il n’existe pas de tradition de bénévolat patrimonial, c’est pourquoi les modèles anglo-saxons sont difficilement importables », explique le professeur.

Françoise Benhamou pointe les effets pervers que la gratuité est susceptible d’engendrer. « La gratuité réduit les recettes des musées et ils ont moins les moyens de garantir un d’accueil satisfaisant, notamment pour les visiteurs moins cultivés qui ont besoin de médiation et d’accompagnement ».

Le prix du billet, un facteur déterminant pour le public ?

La réponse est oui, pour Jean-Michel Tobelem, qui se réfère à une étude du Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de vie (CREDOC) parue en 2012. 25% des interrogés y déclaraient en 2011 « avoir renoncé à visiter une exposition, un musée ou un monument à cause du prix ». D’après le CREDOC, ces personnes disposent de revenus modestes et se rendent occasionnellement dans des musées. Le directeur de l’Institut Option Culture en déduit que la diminution du prix d’entrée ne serait certes pas suffisante à elle seule pour faire venir les publics les plus éloignés des musées, mais qu’elle permettrait d’élargir le cercle des visiteurs à un public « plus hésitant »… sous réserve de trois conditions.

La première : le musée doit proposer une offre et une programmation suffisamment intéressantes pour éveiller la curiosité du visiteur. Deuxièmement, le musée doit constamment développer son attractivité dans la durée pour encourager le renouvellement des visites. Enfin, le musée doit s’adapter à la venue des publics moins habitués au patrimoine en assurant une bonne qualité de l’accueil, de la médiation et de l’information avec des signalétiques claires et des cartels explicites.

Françoise Benhamou souligne à quel point la tarification est dépendante de l’offre. « Le consentement des visiteurs à payer dépend surtout de l’attractivité de l’offre et de la valeur accordée à la visite, plus que du prix en lui-même ».

Et vous, comment fixez-vous le prix d’entrée du billet de votre musée ? N’hésitez pas à nous donner votre avis : Musée21@the-editorialist.com

 

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