Éric Teyssier est maître de conférences à l’Université de Nîmes. Pour cet historien érudit passionné d’archéologie expérimentale et d’Histoire vivante la reconstitution est un nouveau vecteur du savoir pour tous.

À Nîmes, on fait comme les Romains

En 122 apr. J.-C., l’empereur Hadrien, de passage à Nîmes, célèbre des jeux dans les Arènes. Depuis 10 ans, des historiens et des reconstituteurs chevronnés redonnent vie à cet événement sous la direction d’Éric Teyssier. Ce maître de conférences n’a rien d’un vieux professeur d’histoire antique. Pour lui, la connaissance n’est pas un bien que l’on garde jalousement dans les universités. Au contraire, elle se partage sous des formes variées, pourvu que la passion soit au rendez-vous.

Depuis 2012, il collabore avec Culturespaces pour l’écriture des scénarios et la mise en scène des jeux : « Au début, nous montrions des tableaux romains en nous inspirant des pratiques de jeux du cirque où il était courant de reconstituer des batailles. Au fil des années, les reconstitutions – car ce sont des reconstitutions qui deviennent de facto des spectacles – se sont complexifiées. »

Ces dernières années, les spectateurs ont en effet pu assister à l’arrivée de Cléopâtre et aux démêlés de l’armée romaine avec la bande de Spartacus, un gladiateur en fuite devenu malgré lui le chef de file de milliers d’esclaves révoltés. Cette année le thème des Grands Jeux porte sur les rois Barbares. Quand on demande à Éric Teyssier s’il ne craint pas la polémique, il se montre aussi audacieux qu’un vrai Romain : « non, les Barbares parlent à l’imaginaire et nous nous plaçons toujours du côté des Romains pour qui ceux-ci vivaient à l’extérieur des frontières sont effectivement des barbares. Nous montrons la façon latine de voir le monde en mettant en scène la bataille d’Aqueae Sextiae (Aix-en-Provence aujourd’hui) où Marius a triomphé des Cimbres et des Teutons (peuples germaniques) en 102 av. J.-C. »

Un spectacle à vocation pédagogique

Certes, pour les 12 000 spectateurs attendus à chacun des trois spectacles, voir plus de 500 reconstituteurs dans leurs armures étincelantes, bouclier au poing, est très impressionnant. Mais ce n’est pas suffisant. « Nous faisons revivre la culture antique, déclare le scénographe, et il nous faut aussi l’expliquer. C’est le rôle du praeco (crieur public en latin). Le nôtre est un historien. Il commente ce qu’il se passe dans l’arène et fourni aux spectateurs un complément d’informations ludiques et pédagogiques. » La rencontre avec la culture antique ne se limite pas à l’arène. Les reconstituteurs ne sont pas des acteurs.

À l’issue des jeux, ils circulent dans la ville et rejoignent leur camp sur la place Gabriel Péri, une nouveauté cette année. Les passants peuvent aller à leur rencontre et leur poser des questions auxquels ils se font toujours un plaisir de répondre. Et pour aller plus loin, les chroniques antiques d’Éric Teyssier publiées dans le Midi Libre sont compilées sous la forme d’un petit fascicule proposé au public. De quoi apprendre en s’amusant.

Les reconstituteurs, nouveaux médiateurs culturels

D’aucuns pourraient critiquer cette manière spectaculaire de transmettre le goût de l’histoire très éloignée de l’austérité universitaire. D’ailleurs, cette vénérable institution se tient à distance du monde de la reconstitution. Éric Teyssier, sans nier que la recherche historique doit revêtir plusieurs formes, le déplore : « Nous sommes un peu en retard en France. Pourtant l’archéologie expérimentale est une véritable source de savoir et l’Histoire vivante un excellent moyen de diffuser ces connaissances. Cela fait plus de vingt ans que j’en fait. Les reconstituteurs ne sont pas des gens qui se déguisent. Ils fabriquent leur matériel et leurs tenues en utilisant les matériaux et les contraintes de l’époque. Leur démarche fait avancer la recherche. » Beaucoup de musées et d’écoles ont déjà compris l’intérêt de nouer des liens étroits avec eux car ils sont d’excellents vulgarisateurs. Il existe des reconstituteurs pour toutes les époques, de la préhistoire à la Seconde Guerre Mondiale. La visite d’un légionnaire romain ou d’un soldat de la Première Guerre Mondiale en uniforme bleu horizon dans une classe est parfois la plus belle leçon d’histoire qu’un enfant puisse recevoir.

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