Le 13 avril dernier, l’exposition Niki de Saint Phalle au Grand Palais remportait le Globe de la Meilleure exposition 2015 dans le cadre de la Cérémonie des Globes de Cristal. Avec près de 600 000 visiteurs en moins de cinq mois, cette exposition a conquis le grand public comme les professionnels de la culture. Camille Morineau, commissaire de l’exposition, son scénographe Maciej Fiszer et Roei Amit, directeur adjoint en charge du numérique à la Réunion des musées nationaux Grand Palais (Rmn-GP) nous dévoilent les dessous d’une exposition qui a fait la part belle au multimodal.

Suivez le guide ! Quand l’artiste lui-même explique son œuvre en vidéo

Dès les premières salles de l’exposition, le public découvre l’artiste s’exprimant en vidéo sur son travail. Camille Morineau a utilisé les nombreuses interviews réalisées par Niki de Saint Phalle de son vivant, considérant que certaines sont de véritables performances. Elle les a mises en avant pour souligner l’avant-gardisme d’une artiste engagée. « 10 ans avant la création du féminisme, Niki de Saint Phalle prône déjà l’émancipation de la femme. C’est un acte extrêmement courageux de sa part ».

Pour Camille Morineau, l’utilisation de vidéos fait particulièrement sens par rapport à cette artiste. « La vidéo s’inscrivait dans l’univers de Niki de Saint Phalle. Je voulais faire une exposition qui lui ressemble, et plus encore, qui lui aurait plu. Cela ne s’appliquerait pas à Roy Lichtenstein par exemple, dont le travail n’est pas performatif et qui de plus n’aimait pas beaucoup faire d’interviews ». La preuve, lors de la rétrospective sur l’artiste américain au Centre George Pompidou en 2013 pour laquelle Camille Morineau était commissaire d’exposition, elle n’a utilisé qu’une courte vidéo dans l’espace d’exposition, tandis que deux documentaires étaient présentés devant l’entrée.

Roei Amit, directeur adjoint en charge du numérique au Rmn Grand Palais partage l’avis de Camille Morineau. A ses yeux, les vidéos s’imposent au regard du contexte historique dans lequel l’artiste a vécu et de sa personnalité. « Niki de Saint Phalle est une artiste de la deuxième moitié du 20ème siècle qui a grandi avec la télévision et la radio. Et, contrairement à Picasso par exemple, elle n’était pas réservée sur son image ».

Le scénographe Maciej Fiszer a ainsi veillé à ce que les vidéos soient présentes tout au long de la rétrospective dans des formats variés. « J’ai essayé de créer un parcours ménageant des surprises au sortir des chicanes de façon à ce qu’avant chaque salle, le spectateur se demande ce qui l’attend», explique Maciej Fiszer. Dans la spectaculaire salle des Nanas Powers, la vidéo est en arrière-plan sur très grand format, tandis que la chorégraphie de Roland Petit dansant avec les Nanas est diffusée sur un « écran onirique » plus en retrait.

Les vidéos remplissent différents objectifs scénographiques : expliquer les œuvres à travers des interviews de Niki, les enrichir et les documenter, comme dans la salle des tirs où les vidéos permettent de conserver la trace du processus créatif de l’artiste.

Attirer et accompagner un public connecté

« Notre attention est sollicitée par de nouvelles images en mouvement, que ce soit au cinéma avec les films en 3D, ou dans le métro avec les publicités animées. Pour rester dans l’air du temps, les expositions doivent tenir compte de cette réalité et proposer des contenus vidéos lorsqu’ils ne rentrent pas en conflit avec le travail ou l’univers de l’artiste », indique Camille Morineau.

En plus d’être un « produit d’appel » pour des visiteurs à la sensibilité vidéo de plus en plus affirmée, les vidéos servent la médiation du musée, aux côtés d’un autre incontournable : le smartphone. « Nos études montrent que 75% de nos visiteurs ont un smartphone et que près de la moitié l’utilise pendant sa visite », constate Roei Amit.

Pour engager le visiteur dans l’exposition Niki de Saint Phalle, il a misé sur deux outils : une application mobile et un catalogue augmenté. Dans le catalogue, des photos signalées par un pictogramme permettent de visionner sur son smartphone ou sa tablette des extraits de films, d’entretiens télévisés ou radiophoniques avec l’artiste. L’application mobile « tout en un » qu’a imaginée la Rmn-GP avec l’agence Mazedia a été téléchargée 30 000 fois. Outre l’audioguide payant, elle comprend notamment d’autres contenus inédits proposés par exemple en collaboration avec l’Institut national de l’Audiovisuel, ainsi qu’une « Niki-iconothèque » où l’on peut télécharger des typographies créées par Niki de Saint Phalle.

Le Grand Palais garde un temps d’avance

Après le succès de l’exposition Niki de Saint Phalle, le Grand Palais continue d’affirmer sa position de lieu innovant. « Nous avons mené des expérimentations avec différents groupes de testeurs sur l’utilisation de lunettes connectées pendant la rétrospective sur Niki de Saint Phalle. Nous avons voulu réitérer l’expérience en l’étendant à tous nos visiteurs », témoigne Roei Amit.

Et c’est chose faite avec l’exposition Velázquez qui se tient jusqu’au 13 juillet 2015 au Grand Palais. Pour la première fois, le public pourra visiter l’exposition avec des Google Glass vissées sur le nez. Grâce à la technologie de la société GuidiGo, les visiteurs pourront comparer les peintures de Velázquez avec celles du Titien et de Giorgione, ou voir défiler devant leurs yeux les tableaux qui se sont inspirés des fameuses Ménines du peintre espagnol.

« Ce n’est pas parce que Velázquez n’a jamais été filmé, qu’il ne peut y avoir d’appareils multimédias pendant l’exposition », conclut Roei Amit, qui insiste sur la nécessité pour les musées de se renouveler. « Dans 10 ans, nos visiteurs viendront peut-être avec leurs propres lunettes connectées. Il nous faut anticiper cette tendance ».

Et vous, quand passez-vous aux lunettes connectées dans votre musée ? Notre mail : Musée21@the-editorialist.com

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