A l’origine spécialisé dans les jeux vidéo, le studio graphique Polymorph se développe sur un nouveau marché : la muséographie. Fabrice Guichard, son fondateur, nous présente deux attractions de réalité augmentée qui font parler d’elles.

L’atelier du peintre : quand les toiles se mettent à parler

Au musée d’Orsay à Paris, un tableau est aujourd’hui au centre de toutes les attentions : le fameux Atelier du peintre de Gustave Courbet. Pourquoi tant de succès ? Parce que, si vous penchez et que vous tendez l’oreille, ce tableau murmure… Fabrice Guichard explique : « quatre tablettes ont été mises à disposition du public. Le visiteur n’a qu’à  les pointer pour se retrouver physiquement au cœur de l’atelier du peintre.  Il lui suffit alors de positionner le curseur sur l’un des quinze personnages interactifs  pour entendre ses pensées et le découvrir ». Ce projet culturel a été coréalisé avec le Groupe Orange, qui souhaitait proposer un terrain d’expérimentation à ses laboratoires de recherche sur la réalité augmentée.  « L’idée était d’utiliser la complexité de cette gigantesque toile de 22 mètres carrés pour repenser notre manière d’admirer une œuvre ». Un aperçu de cette expérience (baptisée « Entrez dans l’Atelier ») est disponible en ligne ici.

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Le Dead man’s Corner Museum : un débarquement plus vrai que nature

Le débarquement de Normandie, comme si vous y étiez ? C’est la deuxième grande attraction de réalité augmentée réalisée par la société Polymorph. L’idée vient d’Emmanuel Alain et de Michel Destrez, deux passionnés, consultants historiques sur la série « Band of Brothers » et sur le film « Il faut sauver le soldat Ryan ». Ils ont récupéré un avion C-47 datant de la Seconde Guerre Mondiale, qui a servi à Steven Spielberg dans la réalisation de la scène du débarquement de « Band of Brothers ». « Ils nous ont contactés en nous indiquant vouloir faire de cet avion la pièce maitresse de leur musée Dead man’s Corner Museum ».

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« Grâce à cette nouvelle attraction, le musée est passé de 20 000 à 90 000 visiteurs par an »

Polymorph a utilisé les nouvelles technologies pour donner une dimension immersive à l’avion. « Nous avons monté l’avion sur un socle automatisé, et remplacé les hublots par 13 écrans, qui simulent chacun différemment l’environnement extérieur, le jour du débarquement ». A cela s’ajoute des effets spéciaux à l’intérieur de l’avion, comme des sièges « animés ». Résultat ? Le visiteur rentre dans la peau d’un parachutiste suivant les ordres de son lieutenant-colonel dans un C47 plus vrai que nature. « Lors de l’inauguration, un vétéran de la Guerre de 39-45 a avoué avoir été bluffé par le réalisme de cette attraction. L’équipe de Band of Brothers était là et ils étaient scotchés par les effets spéciaux ! ». Quant au public, il en redemande : « Grâce à cette nouvelle attraction, le musée est passé de 20 000 à 90 000 visiteurs par an ».premier-vol-simule-en-c47-du-6-juin-1944-saint-come-du-mont

La réalité augmentée : un outil marketing et pédagogique encore sous-estimé par les musées français

Pour Fabrice Guichard, les technologies de réalité augmentée constituent un formidable outil, à la fois pédagogique et marketing. Pédagogique car, à bien des égards, elles permettent de sublimer l’expérience muséale. Marketing, car elles constituent un relai de croissance non négligeable pour les musées en quête de nouveaux publics, notamment les jeunes et les scolaires. « Il ne faut pas que les musées en aient peur ! Mais nous sommes en France et, contrairement aux Etats-Unis, la culture souffre encore d’une vision un peu élitiste, ce qui la rend parfois intouchable ». Un travail d’évangélisation serait donc à faire, que la société Polymorph, comme d’autres acteurs du secteur, semble prendre à bras le corps…

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