Pour François Navarro, Directeur général du Comité Régional du Tourisme (CRT) Paris Ile-de-France, le cliché des groupes de touristes chinois en « speed-dating » avec la France devient peu à peu obsolète. Face à ces changements, les musées doivent suivre et s’adapter aux nouveaux usages.

Du BtoB au BtoC : privilégier de nouveaux canaux pour attirer les jeunes

« Depuis quelques années, on constate un changement dans les habitudes de visite des touristes chinois », commence François Navarro. Les traditionnels groupes guidés par des drapeaux dans les rues de Paris se réduisent. « Désormais, 55% des visiteurs chinois viennent seuls, contre 45% en groupe. » Contrairement à leurs aînés groupés qui plébiscitent le trio de visite Suisse, Italie et France, les 20-35 ans se concentrent sur une destination unique.

Quand le tourisme individuel chinois s’éveille, les opérateurs culturels français doivent suivre cette tendance. « Dans ce paysage changeant, les discussions avec les agences de voyages et les guides ne seront bientôt plus d’actualité. Il faut passer d’une stratégie BtoB à BtoC, en s’adressant directement au grand public. » Le but ? Donner envie aux chinois de se rendre en France dans son établissement, et de vendre en ligne ses produits. Pour s’adresser aux potentiels visiteurs de Pékin, Shanghai ou Canton, quoi de mieux qu’Internet ?

La percée des musées français sur les réseaux sociaux et l’Internet chinois est en bonne voie, mais elle doit encore se renforcer afin de toucher pleinement son public. « Les acteurs culturels font face à une nouvelle réalité commerciale : vendre un billet d’entrée, et une expérience. » François Navarro note que les posts photos, les quizz et les QR codes sont très appréciés et aident les internautes chinois à s’immerger avant un éventuel voyage.

Les Key Opinion Leader (KOL) et les politiques sont très suivis par le public chinois. Leurs retours d’expériences et leurs témoignages sont devenus incontournables pour se qualifier dans la course à la visibilité 2.0. « Lorsque le Premier ministre chinois s’est rendu au château de Versailles, les requêtes internet sur le lieu ont explosé. » C’est pourquoi le CRT a prévu de recevoir à l’automne prochain une quinzaine d’influenceurs chinois sur le thème de la culture.

À la forte présence sur les réseaux sociaux s’ajoute une forte présence physique en Chine. « Il y a un enjeu important avec le déplacement de Directeurs généraux d’institutions culturelles en Chine. Cela permet de promouvoir directement son établissement. » En plus de ces déplacements, l’organisation d’expositions de musées français sont elles aussi « d’excellents outils de promotion. »

Un accueil sur-mesure : les musées s’équipent

Désireux de découvrir la richesse de la culture française, les Chinois de passage à Paris ont des attentes bien spécifiques vis-à-vis des musées. « L’accueil sur-mesure est un véritable besoin ». Signalétique en chinois, équipes capables de s’exprimer en mandarin et audioguides sont indispensables. « De nombreux musées se sont équipés de ces appareils, mais il reste une vraie question sur l’embauche d’équipes parlant le chinois. »

Autre must have : une connexion Wi-Fi. « Il y a une véritable incompréhension des touristes chinois lorsqu’ils ne peuvent pas avoir accès à Internet. » Hyperconnecté, ce public veut pouvoir échanger à tout instant avec son réseau WeChat. « Tout se passe sur cette plateforme. C’est pourquoi nous travaillons en partenariat avec EuroPass pour inciter les acteurs touristiques à créer leur compte. » Plus que de les sensibiliser, le CRT organise chaque année avec des start-ups des formations à la maîtrise des outils de communication et sur les marchés chinois.

« Nous avons assisté à une prise de conscience globale des musées qui se sont adaptés en fonction de leurs moyens et de la demande. Le musée d’Orsay et le Louvre ont, par exemple, compris très tôt l’intérêt de développer de nouveaux outils. » Parmi ceux recommandés par François Navarro et ses collaborateurs : les équivalents chinois d’Apple Pay : WeChat Pay et AliPay. « Ils sont sécurisants et facilitent l’expérience visiteur. C’est une question d’image pour les acteurs culturels et de chaîne ininterrompue de services. » Un simple QR code à scanner et la somme est directement débitée sur le compte de l’acheteur. « Ainsi, il n’y a plus de barrière de langue ou de devise. »

Do you speak touriste ?

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Afin de faire de Paris la reine de l’accueil des touristes le CRT, en partenariat avec la Chambre de Commerce et d’Industrie, publie depuis trois ans le guide « Do you speak touriste ». 13 nationalités différentes y sont regroupées, avec pour chacune un lexique, leurs spécificités et préférences touristiques. « Nous le distribuons auprès de 30 000 acteurs touristiques comme les musées, les transporteurs, les aéroports, restaurateurs… ». Avec cet outil, les acteurs Franciliens du tourisme auront assez de cartes en main pour parler la « même langue » que leurs visiteurs.

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