Le Palais de Tokyo compte parmi les structures de promotion de l’art contemporain qui s’autofinancent le plus en France. Son secret ? Un modèle de financement mixte unique, comme l’explique Christopher Miles, son Directeur Général Délégué.

La recherche de financement gravée dans l’ADN du Palais de Tokyo

« La raison initiale de notre modèle de financement mixte vient des racines mêmes du Palais de Tokyo », commence Christopher Miles. Lorsqu’en 2002, Catherine Trautmann, ancienne ministre de la Culture et de la communication, décide de confier l’établissement à une association fondée par Nicolas Bourriaud et Jérôme Sans, pour en faire un centre d’art contemporain, la subvention accordée par l’État est faible. Pour faire avancer le Palais de Tokyo, les deux fondateurs se tournent vers le monde de l’entreprise et constituent un conseil d’administration, à l’époque dirigé par Maurice Lévy, fondateur de Publicis, en vue de trouver des mécènes. Un modèle économique qui sera ensuite perpétué.

Le rapprochement avec le monde de l’entreprise est un succès pour le Palais de Tokyo. Face à son nombre croissant de mécènes, qui se retrouvent depuis 2014 au sein du Tokyo Art Club Entreprise, l’État décide d’allouer à l’établissent des fonds supplémentaires afin de réhabiliter de nouveaux espaces. En 2012, le Palais de Tokyo passe « de 6 000m2 à 22 000m2 ». Un atout de taille, sur lequel il saura capitaliser.

Privatisations, concessions et nouveaux mécènes : 22 000m2 d’ingéniosité

Comment gérer au mieux ces 22 000m2 et faire du Palais de Tokyo un lieu d’exposition innovant, sans cesse renouvelé ? En misant sur la privatisation d’espaces, et le développement des concessions. Les concessions existantes, la librairie et le restaurant Les Grands verres, ont ainsi vu leur surface augmenter. L’établissement culturel s’est également doté d’un nouveau restaurant, Monsieur Bleu, qui bénéficie d’un emplacement unique à Paris en bord de Seine, et d’une boîte de nuit, le Yoyo. Une stratégie gagnante. « En 2017, nous atteignons près de 10,5 millions d’euros de ressources propres, dont cinq millions d’euros de location des espaces. », détaille Christopher Miles. Viennent ensuite les mécénats et partenariats, près de trois millions d’euros et la billetterie, deux millions d’euros.

Si, grâce aux concessions et aux privatisations, le Palais de Tokyo dispose chaque année de cinq millions d’euros, il doit néanmoins trouver des ressources complémentaires pour maintenir le bâtiment en état, assurer la programmation artistique et la communication. Le secret du Palais de Tokyo ? Une relation forte avec ses mécènes, une équipe de sept personnes, dédiée à la recherche de mécénats et de partenariats, et une implication quotidienne de la hiérarchie dans les recherches. « Nous misons sur des partenaires permanents, qui vont nous aider une ou plusieurs années, comme la Fondation ENGIE, la banque Neuflize, les champagnes Roederer, des mécénats de compétences (Boston Consulting Group) et sur des partenariats ponctuels en fonction des expositions. » En 2018, par exemple, le Palais de Tokyo accueillera une exposition sur le monde de l’enfance, qui associera des artisans d’art et des artistes japonais. « Nous travaillons donc en étroite collaboration avec la Fondation Bettencourt Schueller, pour les artisans d’art, ainsi que la Fondation du Japon, qui nous aidera à accueillir des artistes japonais dont l’univers manga a trait à l’univers de l’enfance. »

Parmi son réseau de mécènes, le Palais de Tokyo compte beaucoup sur le mécénat individuel. « Il n’y a pas de petit mécénat », précise Christopher Miles. « C’est pour cela que nous avons mis en place une association d’amis du Palais de Tokyo, qui nous aide activement à rayonner et développer un réseau capable de toucher le monde de l’entreprise. » À elle seule, l’association contribue à hauteur de 200 000 euros au financement du Palais de Tokyo, et ses membres sont « de véritables alliés » pour rencontrer de nouveaux mécènes potentiels.  Pour Christopher Miles, cette stratégie de recherche globale, qu’elle concerne directement les grandes entreprises ou bien les particuliers, ne peut marcher « qu’à condition que les dirigeants d’institutions culturelles soient en permanence préoccupés par cette relation avec les mécènes. »

Ouverture d’un nouvel espace « unique » en 2018

Parmi les grands projets du Palais de Tokyo pour l’année 2018, Christopher Miles cite la mise en place d’un nouvel espace qui devrait prendre ses quartiers au sein de l’institution dès le mois de janvier. « Il va notamment permettre de transmettre la connaissance à l’intérieur même du Palais, grâce à des cours d’art contemporain extrêmement innovants », détaille le Directeur Général Délégué. « Cet espace est en lui-même une œuvre d’art, qui va associer grâce à la Fondation Bettencourt des artistes et des artisans d’art. » Ce lieu, « unique à Paris », pourra également être privatisé pour l’organisation de séminaires d’entreprises. « Nous faisons ainsi d’une pierre deux coups, avec un lieu qui va à la fois être créatif et qui va pouvoir stimuler la créativité des entreprises qui viendront découvrir cet endroit unique à Paris. »

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