Casser l’image poussiéreuse des musées et bouleverser les codes des visites « traditionnelles » afin d’initier les publics scolaires à l’art moderne et contemporain. Pari tenu pour le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris.

Yoga et wutao s’invitent au musée

Errer d’œuvre en œuvre avec sa classe en suivant un long parcours jusqu’à la sortie. Un véritable cauchemar pour un enseignant, et une approche de la visite de musée complètement obsolète aux yeux du Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Afin d’intéresser les scolaires et de les initier à l’art moderne, ce dernier mise sur des approches pédagogiques originales et adaptées. « Les thèmes des visites varient en fonction des expositions du moment, et des collections permanentes », explique Kévin Le Squer, Chargé du développement des publics et Assistant des manifestations culturelles. « Parmi les tableaux qui font mouche auprès des jeunes, la Fée Electricité de Raoul Dufy. Cette gigantesque peinture (sur bois) de 600 m2 fascine, et permet aux enseignants d’aborder un large panel de sujets avec leur classe : étude des couleurs, progrès scientifiques, histoire… »

Un processus de réflexion que le Musée d’Art moderne souhaite rendre accessible à tous ses visiteurs, notamment les élèves de classes pour l’inclusion scolaire (CLIS), ou encore les élèves de classes d’initiation pour non francophones (CLIN). « Nous adaptons le travail de concert avec les professeurs. Par exemple, pour les enfants souffrant de handicap, nous proposons une approche de l’art au travers d’exercices de yoga ou de wutao, de manière à amener le groupe vers une réflexion à propos de l’Homme et le développement de soi. Cet atelier, ouvert à tous, rencontre un franc succès. Les élèves de classes non francophones, quant à elles, découvrent la langue française en même temps qu’ils étudient une œuvre ». Des exercices simples comprenant trois ou quatre mots français à intégrer dans une présentation. Les visites sont en général complétées par des activités plastiques ou sonores pour rendre l’expérience encore plus ludique.

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Être acteur de sa visite : dans la peau d’un journaliste ou d’un médiateur

Au sein du Musée d’Art moderne, le regard n’est plus le seul maître. Les Rythmes de Delaunay, ou encore La Danse de Matisse s’écoutent, se ressentent et prennent vie. Pour ce faire, le Service Culturel s’est doté il y a quatre ans de tablettes numériques « qui permettent aux professeurs et aux médiateurs du musée de faire des liens tout au long de la visite pour l’enrichir en passant par exemple une bande son liée à un artiste ou une œuvre pendant la présentation de son travail ». En 2015, une application smartphone complétait également certaines expositions, notamment Flux de l’artiste David Altmejd permettant aux visiteurs de bénéficier d’explications de l’artiste sur les différentes pièces exposées. « Ces outils permettent au musée de proposer de nouvelles expériences. Je me souviens d’élèves qui s’étaient improvisés journalistes et présentaient en se filmant un tableau à leurs camarades comme dans un reportage télé. Le reste du groupe devait ensuite retrouver le sujet de cette présentation avant de se prêter au jeu à son tour ».

Si le numérique apporte une plus-value certaine à la visite, le musée n’en n’oublie pas pour autant l’humain. Parmi les projets réalisés avec des classes, des élèves de 5e et de Seconde avaient en 2009 rencontré l’équipe de médiateurs et s’étaient familiarisés avec leur métier pour ensuite endosser leur rôle le temps d’une soirée et présenter librement une œuvre à leur famille, amis et aux visiteurs présents dans la salle.

Collaborer avec les écoles et les enseignants, un travail de fond

Pour un enseignant, une visite au sein d’un musée de ne s’improvise pas. Comme de nombreux musées, le Musée d’Art moderne met à leur disposition sur son site internet des fiches pédagogiques à télécharger gratuitement, et depuis peu propose une newsletter pour faciliter leur travail. « Au sein de l’équipe, deux professeurs « relais » détachés du Rectorat travaillent avec nous sur la rédaction de ces contenus, afin que les enseignants puissent préparer sereinement l’avant, le pendant, et l’après visite. Avant chaque exposition, ils ont également la possibilité de venir faire une visite de repérage ».  Au niveau des tarifs, l’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans et il faudra compter pour les classes allant de la maternelle jusqu’au lycée 30 à 45€, en fonction des formules de visites et des ateliers proposés.

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En plus des visites ponctuelles de groupes scolaires, le Musée d’Art moderne accompagne également des classes sur plusieurs années dans le cadre d’un partenariat avec des écoles et la Mairie de Paris. Intitulé « L’art pour grandir », ce partenariat affilie à différents musées une « école amie » pour une durée de cinq ans au cours desquels les scolaires se rendent au musée ou quelques fois reçoivent la visite de médiateurs en classe. « Les scolaires représentent une importante partie du public venant visiter les expositions du Musée d’Art moderne. En 2016, 1 241 groupes ont été accueillis soit un total de près de 31 000 élèves ».

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