Le Studio 13/16, c’est l’espace artistique du Centre Pompidou entièrement dédié aux adolescents. Créé en 2010, il vient de fêter ses 5 ans le 12 septembre dernier. A cette occasion, nous avons rencontré Patrice Chazottes, Directeur Adjoint en charge de la programmation des jeunes publics. Il nous livre ses trois convictions sur la bonne façon de s’adresser aux ados… Conformistes, s’abstenir !

Rompre avec l’image d’Epinal du musée

Patrice est formel : « pour attirer les jeunes au musée, il faut d’abord qu’il se sentent les bienvenus. ». Et pour notre directeur, c’est ce que le Centre Pompidou a toujours essayé de faire. « L’accueil des jeunes publics est inscrit dans notre ADN » rajoute-t-il. En effet, dès sa création en 1977, le Centre Pompidou a multiplié les initiatives avec la création de l’Atelier des enfants à destination des 2-10 ans, puis la Galerie des enfants pour les visites en famille. Le Studio 13-16 est le troisième étage de la fusée.

En inaugurant le Studio en 2010, sous le parrainage du joueur de football Lilian Thuram, le centre Pompidou a donc misé sur un public encore peu ciblé par les musées. « Nous avons fait le choix de nous adresser directement aux ados, trop souvent délaissés par les institutions et par conséquent absents des grands rendez-vous culturels », continue Patrice.

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« C’est un lieu convivial, informel, où chacun est libre d’expérimenter l’art à sa manière ! »

Et pour s’adresser aux jeunes, rien de tel que de leur proposer un endroit bien à eux. Pour cela, le centre Pompidou n’a pas lésiné sur les moyens. Il a fait appel au célèbre Mathieu Lehanneur pour designer plus de 250 m2 d’espace modulable créé à partir de l’image d’un « grand huit » inversé. « Le Studio est pour eux comme une seconde maison. Ils peuvent y venir tous les mercredis, samedis, et dimanches après-midi, gratuitement ». Et ça marche ! Au total c’est plus d’une quarantaine de jeunes qui frappent, chaque jour d’ouverture, seuls ou en groupes, aux portes du Studio. Certains viennent juste pour discuter, d’autres pour participer aux ateliers ou encore pour lire les ouvrages de la bibliothèque. Pas de règle aux pays des ados, donc. « C’est ce qui fait le succès du Studio : c’est un lieu convivial, informel, où chacun est libre d’expérimenter l’art à sa manière ! » résume Patrice.

Coller à la « culture ado »

« On ne parle pas à un adolescent des mêmes sujets qu’à un adulte, ou du moins on le fait différemment ». C’est de ce constat simple qu’est parti Patrice pour élaborer les thématiques des expositions du Studio. Le Centre Pompidou, fidèle à son image résolument moderne, a ainsi fait le choix de la « culture ado ». Depuis ses débuts, une quarantaine de disciplines ont été proposées au public, des arts de rue au multimédia, en passant par le son, la mode ou encore la danse.

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Parmi les plus beaux succès du Studio, on peut citer « Play it yourself » explorant les liens entre les arts visuels et les jeux vidéo. Les jeunes ont été invités à (re)découvrir cet univers familier au contact d’artistes ayant transformé en art les codes du gaming. Résultat ? Plus de 4 000 visiteurs en 39 jours d’ouverture.

« En collant aux modes de vie des nouvelles générations, nous les intéressons à l’art ».

« En collant aux modes de vie des nouvelles générations, nous les intéressons à l’art, sous toutes ses formes ». Pour Patrice, loin de l’élitisme artistique peu séduisant, il est en effet très important de proposer des expériences qui sont dans l’air du temps. « C’est de cette manière que l’on peut aiguiser la curiosité des ados et les aider à se construire lors d’une période charnière de leur vie, où l’art a plus que jamais son mot à dire. »

Inviter les artistes à « coacher » les plus jeunes

L’art est aussi une affaire d’échange. Dans leur « cocon » 13/16, les ados ont la possibilité de rencontrer des artistes en tous genres. Plasticiens, danseurs, musiciens, designers ou graphistes viennent ainsi présenter leurs œuvres et répondre aux questions qu’elles soulèvent. « Nous avons voulu montrer aux jeunes que contrairement aux clichés, les artistes sont accessibles, disponibles, et prêts à leur montrer l’exemple ! ».

« Il ne suffit pas, pour attirer un jeune au musée, de lui mettre une tablette entre les mains »

Mais les artistes ont plus qu’un simple rôle de représentation. Ils dirigent aussi des ateliers créatifs où les adolescents peuvent à leur tour peindre, tisser, composer ou modeler leurs propres créations. Pour notre féru d’art contemporain, le rapport à la matière est capital. « Il ne suffit pas, pour attirer un jeune au musée, de lui mettre une tablette entre les mains. Je crois personnellement beaucoup au pouvoir de la création plastique ». Les ados sont donc invités à passer de l’autre côté de la vitrine. L’espace de quelques heures, ils peuvent se prendre pour les artistes que certains, déjà, rêvent de devenir un jour…

Parfois, les ateliers se délocalisent. C’est le cas du projet « Le Studio 13/16 au collège ». Pour cette initiative, des artistes proposent aux élèves de collèges implantés en REP des installations « créations » dans la cour de récréation attirant plus de 1 000 personnes chaque année. Autre projet : le « Studio Tour » part à la conquête des centres commerciaux avec l’organisation d’animations. Enfin, le Studio 13/16 organise chaque année un grand rassemblement pendant les vacances de février, le tremplin des talents. Une sorte de grand-messe de l’art où artistes et amateurs s’exercent collectivement, sous le regard de leurs familles et de leurs amis.

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Auberge chaleureuse et informelle, thématiques dans le vent, rencontres artistiques et ateliers créatifs : avec son Studio 13/16, le Centre Pompidou semble avoir trouvé la recette magique pour attirer les ados. Recette que vient confirmer le succès de la grande fête des cinq ans à laquelle nous avons eu la chance d’assister samedi dernier… Un véritable bain de jouvence de la création artistique ! (images disponibles ICI).

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